Semaine 09 du Bradbury Challenge

J’essaie de rattraper tout ce retard ! J’ai l’impression que les idées sont là, mais que la qualité est moindre. J’aime cependant toujours l’idée de se creuser le cerveau pour faire des nouvelles à chute.


Le soleil chauffait les pierres de la ruelle depuis le matin. La poussière formait une fine couche grise sur le sol, si bien que les empreintes des chaussures restaient dessinées longtemps après leur passage. Au pied d’un mur, une boîte en métal cabossée brillait par endroits sous la lumière, tandis que quelques herbes folles avaient réussi à pousser entre les fissures du bitume.

— Attends , je recule, ça fera plus vrai !

— Pan ! Pan !

— Arrête c’est de la triche, on n’a même pas commencé à jouer !

— Oh ça va, promis, je bouge pas.

Le petit garçon blond attrapa ses soldats et recula de quelques mètres. Il aligna les figurines de façon solennelle. Il les rapprocha d’un millimètre, en recula un autre, hésita, puis plaça son chef légèrement en avant. Il écrasa du doigt un petit monticule de poussière pour fabriquer une tranchée, avant de déposer la boîte métallique derrière, comme un coffre-fort impossible à prendre.

De l’autre côté, son adversaire imitait chacun de ses gestes. Il construisit une barricade avec trois morceaux de brique, testa plusieurs positions pour ses chars puis souffla sur ses figurines afin d’en retirer la poussière.

— Bien, on commence donc la troisième bataille de la guerre des boîtes en métal. Tes soldats doivent avancer pour récupérer le trésor.

— On est plus nombreux que vous, la bataille va vite se terminer !

— Et bien moi, j’ai un nouvel allié ! Il a les plus gros chars.

— De toute façon, ton allié, il va te trahir, regarde ton dernier soldat, il a une tête toute moche, il vient pas d’ici, et c’est bizarre qu’il n’y en ait qu’un.

— Il y en a dix mille comme lui ! Ils voulaient tous venir dans mon armée parce qu’il y a de l’entraide, et mes soldats se sont des élites !

— Et bien nous on n’a pas d’alliés, mais on a des super bombes.

Le petit garçon brun sortit de ses poches une poignée de cailloux et les lança sur les soldats du camp adverse. Plusieurs d’entre eux tombèrent à terre et résonnèrent contre la boîte en métal.

— Trêve ! Il faut que je soigne mes soldats !

Le petit garçon blond attrapa les soldats tombés au sol avec précaution. Il souffla dessus pour enlever la poussière collée au visage, redressa le casque du bout de l’ongle puis sortit de sa poche plusieurs bandelettes de tissu. Il les nouait avec application, la langue coincée entre les dents. Lorsqu’il eut terminé, il reposa chaque figurine exactement à la place où elle était tombée.

— Là, lui il a juste perdu un bras mais il peut encore courir vite, il est fort en course.

— C’est nul de courir, nous on a même des avions et on va lancer encore plus de bombes, on prépare les munitions, scanda fièrement le petit garçon brun.

Il se releva, tendit les bras et commença à imiter le bruit d’un avion en courant au milieu de la ruelle.

— Attends j’ai pas fini de tous les soigner, recule !

Le sol se mit à trembler sous leurs pieds. Les deux garçons cessèrent aussitôt de parler. Ils restèrent immobiles une seconde, les yeux tournés vers le virage. Un camion apparut dans un nuage de poussière. Ils se jetèrent sur le côté en attrapant tout ce qu’ils purent. Plusieurs figurines glissèrent entre les doigts du garçon brun, mais il n’eut pas le temps de toutes les récupérer.

Une fois le camion passé, il courut ramasser ce qui restait de ces soldats restés sur le front. Devant l’étendue des dégâts, il fondit en larmes.

— Mes … mes soldats, ils sont morts, ils sont cassés.

Le petit garçon blond s’approcha de lui et le prit dans ses bras. Il regarda ensuite son ami, puis la vieille boîte cabossée. Il passa doucement la main sur le couvercle avant de la faire glisser sur le sol.

— Ne t’inquiètes pas, regarde ce que j’ai pour toi.

Il ouvrit alors la boîte en métal. Le petit garçon brun sécha ses larmes et pencha la tête au dessus de la boîte. À l’intérieur, des dizaines de soldats étaient parfaitement rangés, prêts au combat.

— Joyeux anniversaire !, s’exclama son ami

Les yeux du garçon brun s’agrandirent, il en oublia presque ses larmes et en prit un entre ses doigts comme un trésor.

— Ils sont tous pour moi ? Tu les as trouvés où ?

— Maman m’en ramené une fois, quand elle revenait des courses ! Je voulais te les offrir à la fin de la bataille, mais je le fais maintenant, comme ça on peut continuer à jouer.

— On dit du coup que j’ai des alliés moi aussi ?, sourit le petit garçon brun en reniflant.

— Oui on peut dire ça ! On est à égalité comme ça, toi tu as des nouveaux soldats tous neufs mais tu as aussi quelques blessés !

La bataille reprit de plus belle. Dans la rue déserte, les cris des deux jeunes garçons résonnaient. L’un se jeta au sol pour protéger ses soldats, l’autre courut vers un campement allié improvisé derrière une voiture. Le jeu se terminait souvent en loup, ils finissaient par laisser les soldats au sol et par courir dans l’immense aire de jeu que le monde désert leur offrait.

Une vibration lointaine parcourut de nouveau le sol. Les deux garçons s’arrêtèrent net. Ce n’était pas un camion, ils le savaient, ils avaient appris à reconnaître certains bruits avant même de les entendre réellement. Puis la sirène s’éleva, longue et terrifiante. Ils frissonnèrent et sans réfléchir, ils ramassèrent les soldats qui leur tombaient sous la main. La course devint une fuite vers l’abri le plus proche.

Sous terre, ils n’entendaient plus que les bruits sourds des gros cailloux. Les deux amis tremblaient et se serraient l’un contre l’autre, une poignée de soldats entre leurs mains. Ils pensaient alors à ceux qui étaient là haut, les autres soldats laissés sur le champ de bataille.